Ma pratique se situe à la frontière entre peinture, dessin et pensée. Je travaille principalement avec le charbon, non comme un simple matériau, mais comme une matière chargée d’une histoire, capable de porter simultanément la présence et la disparition. Le charbon est une substance paradoxale, c’est-à-dire qu’il est à la fois quelque chose qui existe et le signe de quelque chose qui n’existe plus. À travers lui, je cherche moins à représenter le monde qu’à interroger la manière dont nous y sommes présents.

Je m’intéresse aux frontières incertaines entre l’humain et le non-humain, entre le corps et le paysage, entre la mémoire et l’expérience immédiate. Dans mes œuvres, les formes ne cherchent pas toujours à conserver leur identité. Elles se déplacent, se superposent, se dissolvent et parfois deviennent difficiles à distinguer les unes des autres. Cette instabilité est essentielle à ma recherche : elle permet d’approcher un monde dans lequel rien n’existe entièrement séparé de ce qui
l’entoure.

Je cherche ainsi à faire apparaître ce qui se joue dans cet espace de relation. Le charbon, l’effacement des formes, les passages entre le corps et le paysage, la mémoire, ou encore les traces de l’amour, deviennent pour moi autant de manières d’approcher une même question : sommes-nous réellement des êtres séparés, ou chaque existence se forme-t-elle dès l’origine au sein d’un réseau de relations avec la matière, les autres, le temps et le monde ?

Mon approche

Une expérience intérieure

La peinture devient alors un lieu de passage plutôt qu’un espace de représentation. Ce qui m’intéresse est ce qui se produit lorsque la perception cesse d’être une simple observation et devient une expérience intérieure.

Une figure peut alors apparaître comme un paysage, un paysage comme un corps, et une trace comme le vestige d’une présence qui n’est plus là. Je cherche dans cette transformation une forme de continuité sous les apparentes ruptures.

La pensée philosophique accompagne cette recherche sans en constitue le point de départ. La conception platonicienne d’Éros comme force de relation et de liaison résonne particulièrement avec ma pratique : elle ouvre la possibilité de penser l’existence non comme une collection d’entités séparées, mais comme un réseau de relations qui les transforme constamment. La peinture devient alors un espace où cette relation peut être éprouvée plutôt que simplement pensée.

Mes œuvres abordent ainsi la mémoire, la disparition et le temps non comme des thèmes à illustrer, mais comme des

forces qui agissent sur les formes elles-mêmes. Ce qui m’intéresse finalement est ce qui demeure lorsque les frontières se défont : une continuité silencieuse entre les êtres, la matière et le monde. C’est dans cet espace de relation, parfois proche de ce que certaines traditions ont nommé l’Anima Mundi, que se situe ma recherche artistique.

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Hossein Siboni
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